Octobre 19..
J’aime Cécile avec l’innocence et la déraison d’un enfant,
sans retenue aucune.
Je me souviens avoir longtemps attendu les premières chutes
de neige, parfois jusqu’au matin, où elle arrivait enfin.
Sortant à la fois du ciel et du creux de la nuit, elle
apportait tous les mystères de la magie des hivers. Alors les yeux des hommes
se mettaient à cligner d’un sourire immobile et tendre. On s’entraidait, se
réchauffait et s’inventait des histoires. On vivait d’œuvres héroïques,
d’entreprises nobles pour un voisin éloigné dont on n’avait plus de nouvelles.
L’enfance se rapprochait, le ciel gris pesait sur nos
épaules et nos têtes tandis que le monstre d’hiver demeurait au-delà des
nuages. Il nous impressionnait.
La neige arrondissait les contours, feutrait les moindres
bruits, embellissait nos existences et les transformait, de telle sorte que
l’on oubliait qui nous étions pour ne garder à nos yeux que son étrange beauté.
Alors, quand à pas de loup elle s’approchait de nos maisons, chacun savait que le
miracle du ciel lui était accordé.
J’aimais tant la neige que je me levais chaque nuit pour la
regarder tomber. Je pressentais qu’elle demeurerait longtemps à habiter mon
univers d’enfant et lui accordais sans retenue.
Elle multipliait mes joies quotidiennes. Je la trahissais
parfois pour un jeu trop captivant, puis la retrouvais soudain, dans
l’éclatante blancheur de ma fenêtre. Mon
cœur en ces instants bondissait de joie, elle était là. Ces jours se couvraient
de merveilles.